S’attaquer à M31, la célèbre Galaxie d’Andromède, c’est un peu comme s’attaquer à un monument historique. C’est un passage obligé, un “classique des classiques”, mais qui cache une difficulté technique redoutable dès que l’on veut sortir des sentiers battus.
Cette fois, j’ai décidé de voir grand. Très grand. Pour capturer toute la majesté de notre voisine galactique avec mon setup actuel, une seule image ne suffisait pas : il m’a fallu composer une mosaïque de 4 panneaux. Le résultat ? Une image riche de 13880 x 6017 soit 83,52 millions de pixels où l’on plonge littéralement dans les bras spiraux de cette géante.
Un monstre galactique à notre porte : L’aspect scientifique
Située dans la constellation qui porte son nom (Andromède), M31 est l’objet le plus lointain visible à l’œil nu (sous un excellent ciel). Mais ne vous y trompez pas : à l’échelle cosmologique, elle est juste à côté, à environ 2,5 millions d’années-lumière.
C’est une galaxie spirale massive, plus grande que notre Voie Lactée, avec un diamètre estimé à environ 220 000 années-lumière. Elle fonce actuellement vers nous à la vitesse folle de 110 km/s. Dans environ 4 milliards d’années, nos deux galaxies fusionneront pour donner naissance à une nouvelle entité elliptique géante. Sur mon image, on distingue nettement ses deux compagnes principales : M32, la petite galaxie elliptique compacte juste au-dessus du bulbe, et M110, plus étendue et diffuse.
Données techniques : Une semaine sous le ciel de l’Aveyron
Le projet s’est étalé sur plusieurs nuits, du 11 au 16 octobre 2025, profitant d’une fenêtre météo clémente dans l’Aveyron. Si la Lune est restée discrète pour les couches “Clear” (Luminance/RVB), la turbulence atmosphérique (seeing) était malheureusement bien présente, limitant un peu la finesse que j’espérais sur une telle mosaïque.
Le détail des poses :
- Mosaïque 1 : 95 x 180s (Filtre Clear)
- Mosaïque 2 : 115 x 180s (Clear) + 19 x 180s (L-Extreme)
- Mosaïque 3 : 97 x 180s (Clear) + 14 x 180s (L-Extreme)
- Mosaïque 4 : 115 x 180s (Clear)
- Temps total : Environ 22 heures de poses cumulées.
Le Setup utilisé
Pour ce projet grand format, j’ai sollicité mon setup habituel de ciel profond :
- Télescope : TS-ONTC Hypergraph 10″ (F/D 3,4 avec correcteur)
- Monture : SkyWatcher EQ8R-Pro sur pilier DIY
- Caméra : ZWO ASI2600MC DUO (–15 °C)
- Filtres : Optolong Clear & Optolong L-Extreme (pour les zones H-alpha)
- Logiciels : N.I.N.A (acquisition), PixInsight & Photoshop.
Analyse et ressenti : Le dilemme du traitement
On ne va pas se mentir : traiter une mosaïque de 4 panneaux, c’est une sacrée épreuve pour les nerfs (et pour le processeur). J’ai profité de cette cible pour expérimenter de nouveaux outils sur PixInsight : SpectrophotometricFluxCalibration (SPCC) et surtout MultiscaleGradientCorrection.
Honnêtement, je suis encore un peu partagé. J’ai l’habitude de ma routine DynamicBackgroundExtraction couplée à un étirement ArcSinH. Ici, le rendu est différent, plus “scientifique” peut-être, mais j’ai encore besoin de recul pour savoir si le gain est réel par rapport à ma méthode habituelle (incluant VerLux). L’image n’est pas parfaite, j’aurais aimé plus de piqué, mais quel plaisir de se balader dans ces poussières sombres et ces amas d’étoiles bleutées ! C’est la magie d’Andromède : banale de loin, mais fascinante de près.
Conclusion
M31 reste une cible exigeante malgré sa luminosité. Cette version en 4 panneaux me permet enfin de lui rendre justice en termes de champ. Elle se regarde avec plaisir, et c’est bien là l’essentiel.
Mots-clés : astrophotographie, M31, Galaxie d’Andromède, mosaïque, PixInsight, ciel profond.


