2026-07-23 0

L’échéance approche à grands pas. Le 12 août prochain, l’ombre de la Lune va balayer notre planète, nous offrant l’un des spectacles les plus grandioses que la nature puisse nous réserver : une éclipse solaire. Face à l’imminence de cet événement, il était temps pour moi de franchir un cap. Fini le simple filtre en mylar bricolé sur le télescope pour observer la photosphère en lumière blanche. J’ai décidé de plonger dans le monde fascinant – et exigeant – de l’astrophotographie solaire en bande étroite.

Pour cela, j’ai investi dans un setup dédié : une lunette Acuter Elite Phoenix 40 H-Alpha, montée sur la célèbre Sky-Watcher Star Adventurer GTi. Le 22 juillet dernier, vers 18h00, le ciel s’est dégagé, m’offrant l’opportunité de faire ma véritable “première lumière” sur notre étoile. Ce que j’y ai vu, tant à l’oculaire qu’à l’écran, a dépassé toutes mes espérances. Mais avant de parler technique, prenons un instant pour mesurer l’ampleur du monstre que nous observons.

Première image et lumière le 2026-07-21_17h54

Solar Acuter Elite Phoenix 40 H-Alpha 2026-07-21_17h54

 

Seconde image le 2026-07-22_16h49 (pour moi c’est la plus réussi

Solar Acuter Elite Phoenix 40 H-Alpha 2026-07-22_16h49

 

Troisième et dernière en modifiant légèrement la longeur d’onde 2026-07-22_17h02

Solar Acuter Elite Phoenix 40 H-Alpha 2026-07-22_17h02

 

Protocole de capture et traitement de l’image

La photographie solaire ressemble beaucoup au planétaire (du Lucky Imaging), mais nécessite une gestion des contrastes bien plus pointue pour ne pas “cramer” le centre tout en gardant les faibles protubérances sur les bords.

  • L’acquisition : Le 22 juillet à 18h, j’ai lancé une capture vidéo au format .SER de 60 secondes. Grâce à la bande passante USB 3 de l’ASI585MC, j’ai pu maintenir une cadence de 70 images par seconde (FPS), figeant ainsi la turbulence atmosphérique.
  • L’empilement (Stacking) : La vidéo a été ingurgitée par AutoStakkert!. Le logiciel a analysé la qualité de chaque image pour ne conserver que les 20 % les plus nettes, avant de les empiler pour drastiquement réduire le bruit numérique. Vive les PC puissants pour faire les traitements
  • L’accentuation : Direction Astrosurface, mon outil favori pour le traitement par ondelettes. C’est ici que la granulation, les filaments et les protubérances révèlent toute leur finesse.
  • La colorisation : Bien que capturée avec une caméra couleur, l’image H-Alpha brute est d’un rouge monochrome souvent difficile à traiter et peu esthétique pour l’œil humain. Sous Adobe Photoshop, la première étape a été de repasser l’image strictement en Noir & Blanc. J’ai ensuite recolorisé les nuances de gris pour obtenir cette magnifique palette dorée/orangée, qui offre le meilleur contraste visuel.

Plongée scientifique : Un réacteur nucléaire titanesque

Le Soleil, qui nous paraît si familier, est un astre aux proportions et à la violence inconcevables. Il s’agit d’une étoile de type naine jaune (classification G2V), située à environ 150 millions de kilomètres de notre planète. Avec un diamètre de 1,39 million de kilomètres, il est 109 fois plus grand que la Terre et représente à lui seul 99,8 % de la masse de tout notre système solaire.

Composé approximativement de 73 % d’hydrogène et de 25 % d’hélium, notre Soleil ne brûle pas au sens chimique du terme. Il génère sa colossale énergie grâce à la fusion nucléaire qui s’opère dans son noyau, où les températures atteignent les 15 millions de degrés. Cette réaction dégage une puissance ahurissante de 3,8 x 10²⁶ Watts.

Pour vulgariser cette consommation d’énergie, les chiffres traditionnels manquent de sens pour notre cerveau humain. Concrètement, le Soleil consomme environ 600 millions de tonnes d’hydrogène par seconde. Imaginez un instant un semi-remorque chargé à ras bord de 40 tonnes de carburant. Pour égaler la consommation de notre étoile, il faudrait aligner 15 millions de ces semi-remorques… chaque seconde ! Si l’on plaçait ces camions pare-chocs contre pare-chocs, cette file ininterrompue s’étirerait sur près de 250 000 kilomètres, soit bien plus de la moitié de la distance Terre-Lune, engloutie à chaque battement de cil. C’est ce monstre rugissant que nous essayons de photographier.

La magie du H-Alpha : Comment observer l’invisible ?

Observer le Soleil ne s’improvise pas (rappelons qu’il ne faut jamais regarder le Soleil sans un filtre certifié). La lumière blanche que nous recevons est si intense qu’elle masque les détails les plus fascinants de l’atmosphère solaire. C’est ici qu’intervient la lunette Acuter 40.

Cet instrument n’est pas un simple tube optique doté d’un verre teinté. Il embarque une technologie optique de très haute précision : l’étalon Fabry-Pérot. Ce dispositif complexe, composé de lames de verre semi-réfléchissantes parfaitement parallèles, va rejeter plus de 99,999 % de la lumière solaire pour ne laisser passer qu’une bande passante extrêmement étroite, de l’ordre de l’Angström.

La lunette est calibrée pour isoler spécifiquement la raie d’émission de l’Hydrogène Alpha (H-Alpha), située précisément à 656,28 nanomètres dans le rouge profond. En nous calant sur cette fréquence exacte, nous ne regardons plus la “surface” brillante du Soleil (la photosphère), mais la couche située juste au-dessus : la chromosphère.

Dans cette longueur d’onde, le Soleil s’éveille et révèle sa véritable nature bouillonnante :

  • La granulation chromosphérique : L’ensemble du disque solaire ressemble à la peau d’une orange ou à un tapis de cellules en perpétuelle ébullition.
  • Les protubérances : De titanesques jets de plasma incandescent, retenus par les champs magnétiques, qui jaillissent dans l’espace sur les bords du disque.
  • Les filaments : Ce sont exactement les mêmes structures que les protubérances, mais vues “de face”. Elles se détachent par contraste et forment de longs traits sombres serpentant sur le disque solaire.
  • Les taches et les plages : Des zones magnétiquement perturbées où le plasma, légèrement plus froid, apparaît sombre, souvent encerclé par des régions extrêmement brillantes appelées plages faculaires.

Le Setup Solaire : Tests et ressentis

1. La vision à l’oculaire

Avant de brancher la caméra, j’ai voulu profiter du spectacle en visuel. J’ai inséré mon oculaire Explore Scientific de 6.5 mm (champ de 82°) dans le renvoi coudé. Le choc visuel est total. Le disque rouge rubis flotte dans l’espace, avec une netteté remarquable. Les protubérances sur le limbe étaient franches et magnifiquement détaillées. En revanche, l’optique a ses mystères : j’ai voulu essayer mon autre oculaire de la même gamme, l’Explore Scientific 14 mm, et là, c’est le naufrage. Impossible d’obtenir une image exploitable. La formule optique de ce 14 mm spécifique ne semblent pas compatibles avec le faisceau contraint de l’étalon H-Alpha. Le 6.5 mm restera donc mon oculaire de prédilection pour cette lunette.

2. La monture Star Adventurer GTi

Pour suivre le Soleil, je voulais une monture ultra-nomade mais motorisée sur les deux axes. La StarAdventurer GTi est une petite merveille technologique. L’alignement diurne et le suivi solaire sont d’une redoutable efficacité. Le moteur est silencieux et la cible reste parfaitement centrée sur le capteur. Ce suivi promet d’ailleurs d’excellents résultats pour mes futures sessions nocturnes grand champ. Le bémol : Si la tête de monture est fantastique, on ne peut pas en dire autant du trépied fourni. Il manque cruellement de stabilité. Au moindre effleurement pour faire la mise au point, ou à la moindre rafale de vent, l’ensemble tremble pendant de longues secondes. C’est un point que je vais devoir modifier ou rigidifier avant l’éclipse. J’ai également commandé une nouvelle embase de serrage Vixen car celle d’origine endommage les queues d’aronde a chaque montage. En effet c’est une simple vis de pression

3. La caméra : Le pari gagnant de la couleur

En astrophotographie solaire, la norme absolue dicte d’utiliser une caméra monochrome (pour utiliser 100 % des photosites sur la longueur d’onde rouge du H-Alpha). J’étais sur le point d’en acheter une, mais je tiens ici à remercier chaleureusement la boutique La Clef des Étoiles (Toulouse). Ils m’ont conseillés de temporiser et d’essayer d’abord avec ma caméra couleur actuelle, la ZWO ASI585MC.

Leur conseil était d’or : la ASI585MC s’en sort remarquablement bien ! En forçant l’acquisition en 16 bits sous le logiciel FireCapture, la dynamique de l’image est préservée. Certes, seule la matrice de pixels rouges travaille réellement, mais la définition et la sensibilité du capteur compensent largement. Le résultat est là, et ça m’a évité une dépense inutile !

Voici Quelques photos pour les curieux

En conclusion

Cette première expérience avec l’Acuter 40 et la StarAdventurer GTi est un véritable succès. S’il va falloir que je trouve une astuce pour stabiliser ce fameux trépied, la chaîne optique et le capteur couleur ASI585MC ont prouvé leur redoutable efficacité. L’éclipse solaire du 12 août 2026 s’annonce grandiose, et une chose est sûre : je serai prêt à immortaliser la danse de la Lune devant notre incroyable réacteur stellaire !

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